Un étudiant entrepreneur

Les juristes, particulièrement au sein de notre formation, s’intéressent de plus en plus à l’entreprenariat : Il y a quelques jours, un challenge d’innovation entrepreneuriale et juridique se tenait à notre faculté. Sur les 6 équipes participantes, 2 étaient composées en majorité par des élèves de la Grande École du Droit.

law ideation
L’équipe gagnante du challenge Law Ideation avec Benjamin Rathelot à gauche

L’exhaustivité de notre formation et la forte mobilisation associative peuvent dans un premier temps sembler incompatibles avec la conduite d’un projet de ce type. Pourtant, c’est au sein de nos différents enseignements que j’ai puisé les fondamentaux nécessaires à la création de ma start-up.

Je m’appelle Benjamin Rathelot et je suis en deuxième année à la Grande École du Droit. Séduit par la perspective de pouvoir effectuer un cursus combinant droit français et ouverture internationale, j’ai choisi la GED tout en conservant sur mon temps libre mes activités de développement informatique. Lors de ma première année, la directrice de notre formation, Madame le Professeur Magnier, a partagé une annonce pour un stage dans une legaltech en pleine effervescence à Paris. Ayant postulé, j’ai été rappelé par le fondateur qui était intéressé par mon choix de faire et du droit, et de l’informatique : celui-ci m’a alors présenté son projet et sa vision sur l’influence que l’informatique pourrait avoir dans le domaine juridique dans les années à venir. Il est vrai qu’à cette époque, mes connaissances en droit étaient assez limitées et ce n’est que progressivement que j’ai saisi l’ampleur de ses propos.

Celui-ci m’a redirigé vers une formation innovante : Lion, par The Family, qui forme de jeunes étudiants ou entrepreneurs à travailler au sein de start-ups. Ayant candidaté, j’ai été admis en janvier 2017. Ce fut un moment intense car la formation avait lieu pendant 3 mois tous les samedis, et cela ne me laissait que le dimanche pour faire l’ensemble de mes TD et autres révisions. J’y ai néanmoins beaucoup appris, rencontré de nombreux intervenants et cela m’a réellement donné envie de me lancer.

Au terme de la formation, j’ai ainsi commencé à travailler avec mon frère sur une application mobile de services, notify.pm, dont le but est de permettre à des novices en informatique ou à des structures ayant un budget restreint de pouvoir envoyer des notifications sur les téléphones de leurs membres. L’objectif était alors de créer un mode de communication unilatéral plus moderne et plus adapté que les newsletters ou les SMS. L’idée étant née, j’ai passé quelques nuits blanches à travailler dessus : le second semestre de la première année étant globalement moins chargé, l’impact sur mon travail n’a pas été trop conséquent.

Du fait de nombreuses démarches administratives et de vacances presque méritées, le projet a connu un développement modéré jusqu’à la rentrée de deuxième année, où j’ai vu une réelle cohérence entre ce que j’apprenais au sein de la Grande École du Droit et l’aventure que je menais en dehors. Nous avons eu en effet assez tôt des cours d’analyse financière qui comprenaient une énorme part de comptabilité. C’est assez honteux mais je reconnais aujourd’hui qu’avant le premier cours, les comptes de mon entreprise se limitaient à une idée vague de nos dépenses et à une certitude quant à l’absence de profits. Ce cours, particulièrement intéressant car très pratique m’a non seulement appris les enjeux de la comptabilité pour le gérant d’une entreprise, mais m’a aussi appris de manière pratique à classer les transactions. J’y ai pris goût et cela a été très bénéfique pour mon activité.

De même, notre structure étant basée à Londres, j’ai été très aise de constater que nous allions avoir des cours de Contract Law : ceux-ci se sont révélés très utiles pour comprendre le droit des contrats anglais qui diffère en quelques points du nôtre, et j’ai compris de nombreux aspects de procédure auxquels, encore une fois, je n’avais pas pensé auparavant… Il me faut enfin mentionner les cours de Business Law qui, enrichissants en termes de vocabulaire, l’ont été pour ce qui est de la compréhension du monde des affaires d’un point de vue juridique. Dès le premier semestre, l’ensemble de ces cours m’a permis de développer mon activité.

Pour autant, il est de renom international que le premier semestre de la deuxième année est particulièrement difficile et j’ai dû faire preuve d’une organisation essentiellement basée sur des nuits blanches et une dose immodérée de café ou de boissons énergisantes. Notre produit était finalisé autour de décembre. Ce fut quelques jours avant les partiels que j’ai eu le loisir de le lancer. Au programme, des campagnes de marketing, la récolte du feedback de certains utilisateurs et la création, voire la reprogrammation de certaines fonctionnalités pour les adapter à la demande. C’est un travail quasi quotidien que je mène encore aujourd’hui pour parvenir à un produit en adéquation avec son marché.

Le résultat est encore incertain et nous tâtonnons beaucoup mais cela m’a confronté à l’aspect le plus difficile quant à la création d’une entreprise en parallèle de mes études : la gestion du temps.

La réussite de mes quelques années à la Grande École du Droit demeure une priorité et je ne fais pas de concessions dessus, mais j’ai eu aussi la chance de bénéficier de l’indulgence de mes camarades lorsqu’il me manquait certains contenus. Lors de ma formation sur les start-up, une directive qui revenait souvent était le « give back », concept selon lequel il faut être solidaire et savoir redonner ce que l’on a reçu. J’ai l’intime sentiment que c’est quelque chose de très fort au sein de notre formation : la solidarité, la transmission, l’esprit de corps. Ayant repris les fonctions digitales de la formation en janvier avec Ghislena Ly, ce sont ces valeurs que nous souhaitons perpétrer à notre échelle.

L’entreprenariat est certainement l’aventure de toutes les erreurs : j’en fais chaque jour, je les constate le lendemain et c’est ainsi que j’apprends. Mais je peux aussi affirmer avec certitude que parmi la bibliothèque nationale de mes bévues, de nombreux ouvrages sont absents et ce grâce à la Grande École du Droit : j’y apprends quotidiennement des éléments qui s’insèrent dans d’autres de mes projets de vie, et c’est un apport indéniable.

Benjamin Rathelot (GED2)