Quand le monde tourne à l’heure américaine

L’engouement mondial pour l’élection américaine

Le 3 novembre dernier, à la suite d’une année de campagne électorale riche en émotions, les élections présidentielles se sont déroulées sur le sol américain. La lutte entre Joe Biden et Donald Trump pour la présidence de la première puissance mondiale a fait couler beaucoup d’encre et bien que la victoire de Joe Biden ait été entérinée, le président sortant ne reconnait toujours pas sa propre défaite et cherche encore à protester en essayant de mettre en évidence des fraudes supposées.

Soulignons l’importance donnée à cette élection étrangère, qui suscite plus d’intérêt que pour certaines élections françaises. Cet engouement pour la politique américaine soulève des questions concernant le vecteur de cette ardeur de la part du monde entier car les français ne sont pas les seuls à s’être intéressés à ce volet de la vie politique américaine.

En effet, le monde entier s’est mis au diapason de l’heure étasunienne pour commenter l’avancée de chacun des candidats. Il est ainsi possible de souligner différents points conduisant à cet intérêt tels que le changement de politique de la première puissance mondiale indu par le candidat qui pourvoira le poste de président ou par des éléments plus subjectifs comme la crise sanitaire qui peut être à l’origine d’une volonté d’ouvrir son esprit à d’autres horizons.


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La scène internationale attend un changement radical de programme

Trump a souvent été qualifié de raciste et accusé, au contraire de son adversaire, de ne pas prendre les revendications des minorités en compte. Ainsi, bien que le mouvement Black Lives Matter (BLM) soit né en 2013, c’est sa résurgence à l’été 2020 qui a entrainé les foudres sur le gouvernement Trump. Le président a beau se définir comme la « personne la moins raciste du monde », il n’empêche que certains lui reprochent d’attiser la haine raciale. Et, depuis cet été, ces critiques à l’égard de D. Trump n’ont cessé d’augmenter. De ce fait, une partie de son électorat de 2016 se détache progressivement de son bord pour aller soutenir les démocrates, qu’ils espèrent prendront les considérations des minorités en compte. Il faut toutefois souligner que plus d’un tiers du vote latino est allé pour le Républicain.

Le programme du président sortant s’oppose, d’un point de vue social, radicalement à celui de J. Biden. En effet, Trump n’a pas souhaité prolonger l’Obama Care ; mais d’après son site de campagne il a réussi au cours de son mandat à faire chuter pour la première fois depuis 50 ans le prix des médicaments. De plus, la non prise en compte des problématiques mises en avant par les minorités telles que la discrimination à l’emploi, contrairement à son adversaire, lui a fait perdre une partie de son électorat et c’est en partie par cette légère perte que Biden a gagné le vote populaire.

En effet, l’ex-vice-président de B. Obama promet de rétablir l’Obama Care, quasiment vidée de toute protection par Trump. Il souhaite protéger les américains bien qu’il leur laissera le choix de souscrire ou non à cette nouvelle forme de protection sociale qu’il ne veut pas universelle. De plus, Joe Biden rafle 90% du vote des Afro-Américains grâce à sa volonté d’aider cette minorité. Il souhaite encourager le développement d’entreprises conduites par les Afro-Américains pour leur offrir un accès privilégié au capital et aux investissements. Ainsi, au contraire de son adversaire qui a qualifié le mouvement BLM comme un « symbole de haine », Biden soutient cette communauté et ne cherche pas à minimiser la violence policière et sociétale à l’égard des Afro-Américains. C’est au vu de tous ces éléments qu’une majorité de l’électorat américain a basculé dans le camp démocrate.

Aujourd’hui, les particuliers non avertis se concentrent plus sur les enjeux sociaux qu’économiques. C’est pourquoi Biden se montre très investi sur cet aspect. La plupart considèrent Trump comme le personnage dépeint dans beaucoup de médias anti-Trump, c’est-à-dire misogyne, raciste, xénophobe… Ainsi, le monde se passionne pour cette lutte entre deux personnalités et deux programmes si différents qui permettra au vainqueur d’assoir sa position sur la scène internationale. Les grands leaders mondiaux suivent ainsi la présidentielle américaine avec beaucoup d’appréhension selon leur parti pris et les particuliers essaient de se forger un esprit critique bien que ce dernier soit entretenu dans un seul sens par les innombrables informations qui nous parviennent.

La politique économique du futur président est scrupuleusement suivie

Les leaders internationaux sont obligés de s’intéresser de très près à la politique économique des Etats-Unis qui détiennent les principaux organes économiques tels que le Fond Monétaire International (FMI) ou Wall Street qui est la plus importante place boursière au monde. Au cours de son mandat D. Trump a réalisé un prodigieux regain de l’activité économique en arrivant à une baisse du taux de chômage sans précédent depuis 50 ans et il est aussi à l’origine d’un allègement fiscal de 82% pour beaucoup de familles modestes. Le président sortant a fait bondir le Produit Intérieur Brut (PIB) de 3%, ce qui fait des Etats-Unis une économie forte qui se renouvelle. Ce sont en fait les effets du fort protectionnisme mis en place ces dernières années. La place de ce pays dans les accords internationaux et son poids économique lui confèrent une prépondérance sur le Proche et le Moyen-Orient, l’Amérique du Sud, et sur l’Europe même si elle a du mal à le reconnaître. L’hégémonie américaine, au-delà de son rôle de « gendarme du monde », est aussi économique à partir du XXème siècle, où l’économie-monde passe d’un centre anglais à un centre américain. Le monde suit la volonté américaine et se voit imposer ses décisions face à ce géant économique. Encore aujourd’hui, quand les Etats-Unis se sont retirés de l’accord de Paris sur le climat, aucune sanction n’a pu être mise en place contre le géant économique. Pourtant les Etats-Unis sont un des pays les plus pollueurs et leur retrait de cet accord a été désastreux pour le climat. C’est bien pour cette raison que Biden, qui a une conscience écologique plus marquée que Trump, a inscrit dans son programme sa volonté de reratifier l’accord de Paris. En effet, d’après le chercheur néerlandais Niklas Höhne « le plan climatique de Biden pourrait permettre à lui seul de réduire la hausse des températures de l’ordre de 0,1°C ». Dans la lutte contre le climat, chaque augmentation de dixième de degré évitée est vitale. Malheureusement, les autres nations ont tendance à suivre les « grands ». Ainsi de nombreux défenseurs de l’environnement estiment que le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris a favorisé la baisse du degré d’engagement de l’Arabie Saoudite, du Brésil, de l’Australie, etc.

La puissance américaine suit sa propre loi et les autres pays se cachent derrière ses actions pour faire de même sans être importunés. Cette situation montre donc la place essentielle des Etats-Unis et c’est pourquoi le futur président et son futur mode de gouvernement sont épiés pour que la politique des autres pays puisse être anticipée. Si Joe Biden est élu, il modifiera certainement les accords mondiaux, conduisant à un changement plus global de la politique internationale. Néanmoins, que soit élu D. Trump ou J. Biden, les deux hommes politiques sont prêts à maintenir une certaine défiance vis-à-vis de la Chine, c’est bien là un des rares points sur lequel les Démocrates et les Républicains s’entendent.


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Un héritage historique rend l’Europe dépendante de l’issue de cette présidence

Depuis la fin des deux guerres mondiales, le monde et notamment l’Europe sont dominés par les Etats-Unis. Cette hégémonie a pu se développer à la suite de l’aide américaine procurée au Vieux Continent à l’issue des conflits mondiaux ravageurs. Bien que l’Europe et les Etats-Unis se soient en réalité construits en miroir, le président Wilson voulait assoir la puissance américaine en donnant vie au « siècle américain ». Si on examine plus en détail la capitale aide américaine à la France on se rend vite compte qu’elle a été faite dans un double intérêt. En effet, les Etats-Unis voulaient s’assurer le maintien d’une France forte et puissante pour ensuite commercer avec, d’où le plan Marshall, mais ils avaient aussi l’intention de se revendiquer comme leader planétaire en faisant comprendre à la France que sa survie ne dépendait que du Nouveau Continent. Clemenceau avait bien résumé cette pensée en se confrontant très tôt à la réalité « le président des Etats-Unis avait traité tout seul en s’assurant, oh ironie ! les batailles qu’il n’avait pas gagnées ». Après la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis se concertent avec la France pour l’empêcher d’aller occuper le territoire allemand, ce qui a longtemps animé l’incompréhension du peuple germanique qui n’arrivait pas à reconnaitre sa défaite.

Plus tard, dans l’entre-deux-guerres, la première puissance mondiale finance l’Allemagne, jusqu’en 1939, pour qu’elle puisse se reconstruire. De même, de nombreuses dettes européennes ont été épanchées grâce à l’aide américaine. Toutefois, l’Europe a du mal à le reconnaitre, par fierté certainement puisque l’actuelle Union Européenne se veut forte économiquement et politiquement et ne veut pas reconnaitre sa dépendance, peu lointaine, à un si puissant concurrent. En y regardant de plus près, on se rend compte que les Etats-Unis imposent leur vision du monde au reste de l’Occident. En effet, où est la première place boursière mondiale ? A New York. Où se sont installés les sièges de puissants organismes internationaux ? A New York. De plus, le monde est gouverné par les Etats-Unis au travers de l’OTAN qui est la première organisation de défense mondiale ou encore le FMI qui gère l’économie mondiale. Ces puissantes institutions imposent leurs décisions au reste de la planète qui n’a pas d’autre choix que de coopérer pour s’insérer dans la politique et l’économie mondiale ; pour exister il faut se soumettre.

Outre cet aspect, en remontant à la guerre froide, on s’aperçoit que le conflit qui opposait en premier l’URSS et les Etats-Unis a touché plus que de nécessaire le reste du monde. Tout simplement parce que ces deux puissances voulaient toutes deux détenir le monopole de la puissance mondiale. Ce conflit a bouleversé la scène internationale et a également fini par imposer une vision bipolaire au monde : l’Allemagne se retrouve séparée en deux comme le reste de l’Europe qui doit choisir son « camp » en fonction de ses intérêts politiques et économiques. L’Europe est en réalité une gigantesque marionnette au profit des Etats-Unis. En effet, l’hégémonie américaine est entretenue par Kohl pour s’assurer que l’Allemagne ne sera pas réunifiée. Bien que la réconciliation entre la RFA et la RDA sera effective en 1990, cet élément permet de comprendre que la politique américaine mise en place après la Seconde Guerre n’a pas pour vocation première d’aider l’Europe mais de préserver les intérêts américains comme le démontrent les motivations de la présence du plan Marshall en Europe.


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Enfin, les Etats-Unis utilisent l’alliance franco-allemande, perçue par certains comme un mythe qui sert l’intérêt américain. Cette alliance très puissante qui gouverne le reste de l’Union Européenne et se range du côté de l’idéologie américaine permet aux Etats-Unis d’avoir un puissant relai de leurs intérêts directement sur le sol européen.

Si nous suivons avec tant d’attention les présidentielles américaines c’est, qu’inconsciemment ou non, nous savons que la politique qui sera appliquée aux Etats-Unis aura d’une façon ou d’une autre des répercussions sur l’Europe et sur le reste du monde. Influencé comme l’est le monde par la politique américaine, connaître le président à sa tête et ses idées permet d’anticiper les prochains bouleversements internationaux qui auront lieu. Peut-être que si les Etats-Unis reviennent dans l’Accord de Paris, l’Australie ou le Brésil reviendront sur leurs décisions et se soumettront à de plus fortes restrictions environnementales.

La Covid-19 : lassés les particuliers s’en remettent à la politique étrangère

L’apparition du coronavirus à la toute fin de l’année 2019 fut un grand choc lors des premières annonces officielles et est toujours une importante source de débats de la part des gouvernements du monde entier. Dès lors, on peut noter que depuis le début de la crise sanitaire les médias se sont emparés de cette crise historique pour ne plus jamais la délaisser. Notamment pendant le confinement de mars, les bulletins d’informations des grandes chaînes ne parlaient presque, si ce n’est exclusivement, de la Covid-19.

L’élection présidentielle américaine 2020 a généré plus de tweet que pour la dernière en date (Trump v. Clinton). Ainsi, L’Express en évalue « 570 millions : c’est le nombre de tweets générés par l’élection présidentielle en un an de campagne. Près de 10 millions ont été recensés uniquement sur les dernières 24 heures, un volume six fois plus élevé que lors de la précédente élection en 2016, selon des données compilées par Visibrain. Du côté de la France, ce sont près de 1,7 million de tweets publiés sur un an de campagne, soit deux fois plus qu’en 2016 ». Ces données peuvent être reliées à l’intérêt porté aux élections américaines 2020 mais découlant de la crise sanitaire. En effet, la moitié de l’humanité a connu au moins une fois le confinement ce qui lui aurait supposément laissé plus de temps pour élargir ses centres d’intérêts et ainsi, pour oublier les tracas du quotidien, aurait pris part aux débats politiques par manque d’activité.

A ceci, il est possible de rajouter l’intérêt qui a été porté au second mandat de Donald Trump. En effet, comme évoqué, la scène internationale a les yeux rivés sur les Etats-Unis et donc son gouvernement. Le prochain leader du Nouveau Continent et ses idées doivent être connus pour que les puissances intéressées puissent s’organiser dans l’optique de collaborer avec lui. De plus, les divergences de programmes sont si fortes entre les deux candidats que la victoire de l’un sur l’autre sera d’autant plus grande. Cette lutte sans merci peut ainsi fasciner les particuliers ; en effet, les français interrogés se sont mis d’accord pour souligner l’ennui qui s’installe durant les périodes de confinement et déclarent que toute activité extérieure est la bienvenue. Par conséquent, la politique étrangère américaine a pu connaître un élan grâce aux particuliers lassés de la crise sanitaire.

            L’un dans l’autre, l’engouement pour les élections présidentielles outre-Atlantique a été alimenté par un contexte historique fort rassemblant le Nouveau et le Vieux Continent. Ainsi, par leurs relations passées, les deux puissances suivent chacune l’actualité pour une meilleure connaissance de l’autre. De plus, la crise sanitaire de la Covid-19 a suscité un intérêt sans précédent pour la politique étrangère émanant des particuliers.

Clémence VENITIEN