Affaire de fraude fiscale : le géant français de luxe Kering (Gucci) accusé par la justice italienne

Une affaire ravivée par la sortie du film « House of Gucci »

Sorti en 2021, le drame biographique américain « House of Gucci » réalisé par Ridley Scott revient sur la palpitante histoire de la maison italienne de luxe Gucci. Outre le remarquable jeu d’acteur de Lady Gaga et d’Adam Driver dans les personnages de Patrizia et de Maurizio Gucci, le film se concentre sur les affaires de fraude fiscale dont l’entreprise familiale a été accusée dans les années 1980. Aldo Gucci, président de la société de 1953 à 1986, fut accusé puis condamné pour ne pas avoir déclaré plus de 7 milliards de dollars à New York. Cette affaire invite à s’interroger sur une affaire plus récente ayant frappée la maison italienne en 2017 lorsque la justice italienne soupçonna d’évasion fiscale le groupe de luxe Kering, groupe français possédant Gucci.

Le chef d’accusation des autorités italiennes et les preuves apportées

Fin novembre 2017, les bureaux de Milan et de Florence se sont vu perquisitionner par les inspecteurs de police locaux. En effet, le parquet de Milan soupçonne Gucci d’avoir déclaré en Suisse des activités menées en Italie pendant plusieurs années, s’élevant jusqu’à 1,3 milliard d’euros. Les soupçons des autorités italiennes se fondent sur le récit de Carmine Rotondaro, ex-cadre de Gucci licencié par l’entreprise en 2015. Celui-ci a joint à son accusation des pièces comportant des documents bancaires, des copies d’emails internes à Gucci, des numéros de comptes détenus à Singapour et en Suisse, etc.

Des révélations surprenantes

Ces documents ont permis aux enquêteurs d’apprendre que Patrizio Di Marco, l’un des anciens directeurs généraux de Gucci, aurait reçu en février 2015 une indemnité de départ de plus de 11 millions d’euros directement placés sur un compte logé par le paradis fiscal singapourien. Les informations divulguées par Rotondaro laissent percevoir que cette opération était expressément autorisée par la maison-mère de Gucci, Kering. De plus, il semblerait que 70% du salaire annuel de Marco Bizzari, actuel PDG de la marque et membre du comité exécutif de Kering, aurait délibérément été versé par une société luxembourgeoise. Près de 5,6 millions d’euros seraient versés sous forme de « jetons de présence », c’est-à-dire la rémunération que perçoivent les administrateurs dans le cadre normal de leurs fonctions. Ces « jetons de présence » sont généralement déclarés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Or, Kering les déclarait comme traitements et salaires. En somme, seuls 30% du salaire de Marco Bizzari aurait été versé par la société Guccio Gucci S.p.A.

Kering assure ne rien avoir à cacher

Pour conclure, ce serait 1,3 milliard d’euros qui auraient échappé au fisc italien. Au vu de ce montant, la justice transalpine décide de mettre en examen les deux premiers responsables de Gucci : Patrizio Di Marco et Marco Bizzari. Contacté par Mediapart et l’AFP, le groupe Kering indique dans un communiqué avoir mis en place une gouvernance d’entreprise visant à assurer une conformité totale avec les réglementations fiscales dans les pays où il est présent. Il affirme que sa société suisse LGI, créé dans les années 1990 et employant aujourd’hui plus de 600 salariés, constitue « un hub stratégique majeur notamment pour la distribution et la logistique centralisées des marques Kering ». Ainsi, le groupe s’acquitterait en Suisse des impôts dus en conformité avec la loi et le statut fiscal de la société. Finalement, le groupe de luxe affirme qu’en ce qui concerne les sociétés Kering Holland NV et Kering Luxembourg SA, leur existence ne procure pas d’avantage fiscal au groupe Kering.

Kering condamné à 1,25 milliard d’euros d’amende pour avoir fraudé le fisc italien

Après des mois d’enquête, le groupe annonce avoir conclu le jeudi 9 mai 2019 un accord avec le fisc italien qui le conduira à payer un « montant d’impôts supplémentaire » de 1,25 milliards d’euros, pénalités et intérêts compris dans le cadre de la procédure pour fraude fiscale concernant sa marque Gucci.

Livia LABELLE