Wall Street : le rêve à portée de main

La place prépondérante de Wall Street sur nos économies contemporaines

« Wall Street est une grande guerre. Pour faire profiter à une personne, vous désavantagez une autre personne ». Bernard Madoff n’aurait pu trouver meilleure phrase pour résumer les tumultueuses relations présentes dans la rue la plus scrutée du monde. Wall Street fait rêver, réveille notre folie des grandeurs et alimente notre soif du pouvoir. A la vue de tous ces chiffres qui pourrait résister et tourner le dos, sans aucun pincement au porte-monnaie, à la première place boursière mondiale ?

Aujourd’hui Wall Street est devenu un symbole : celui de la réussite. Les traders sont perçus comme ayant tout réussi et quand quelqu’un annonce travailler à Wall Street, il n’est pas rare de voir les visages se retourner vers ce mystérieux individu qui a gagné sa place au sein d’un monde select et encore parfois obscur.

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La création de Wall Street : entre mythe et réalité

La place dominante de Wall Street qu’on connaît aujourd’hui n’a pas toujours correspondu à un centre financier essentiel à l’économie mondiale. En effet, jadis la Nouvelle-Néerlande (qui deviendra New York) était une ville sous l’emprise des Pays-Bas, et les colons pour se défendre contre les attaques indiennes s’étaient regroupées entre eux et avaient construit un mur les séparant du monde hors de la ville. Celui a la tête de l’initiative, et possédant en plus la rue, était un Wallon, ce qui donna son nom à la rue « Waal Straat », nom déformé en « Wall Street ».

Au XVIIIème siècle, la ville devient anglaise et est baptisée New York en l’honneur du duc d’York frère du roi Charles II. On y trouve alors un platane d’Occident, appelé « buttonwood tree » en anglais, qui donna son nom à un accord à l’origine des premiers échanges commerciaux de la ville entre les traders locaux qui se réunissaient sous le fameux platane. L’accord de Buttonwood de 1792 officialisa la naissance de la bourse NYSE, nom officiel de la bourse américaine qu’on désigne souvent uniquement par Wall Street pour englober l’ensemble des marchés boursiers américains.

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Le New York Stock Exchange (NYSE) est aujourd’hui la plus importante bourse du monde et est à l’origine de la croissance du marché boursier américain puisque c’est à partir de 1882, quand Charles Dow et Eddie Jones ont commencé à promouvoir des actions industrielles, que la place boursière a pris de l’importance et s’est révélée capable d’engranger d’importants bénéfices. Depuis ce jour, Wall Street s’est imposée dans le monde de la finance et sa première place lui semble assurée.

Wall Street : leader des bourses

Avec une capitalisation totale de 40.000 milliards de dollars, Wall Street est indéniablement un symbole de la finance et du capitalisme, redorant le blason de l’Amérique par son poids incomparable.

Wall Street, mais plus précisément le NYSE, effectue des échanges absolument démentiels chaque jour s’élevant au nombre de 123 milliards en moyenne, et toujours en conservant une capitalisation de près de 40.000 milliards de dollars, soit près de 10.000 milliards devant le Nikkei 225 (bourse nippone) pourtant la deuxième bourse mondiale, et toujours plus de 10 fois plus que le CAC 40.

Il est également possible de souligner que le NYSE accueille plus de 2.400 sociétés en son sein et près du quart sont étrangères. En comparaison, le CAC 40, comme son nom l’indique, ne se compose que des 40 valeurs les plus importantes françaises. L’importante place donnée aux sociétés et même à celles étrangères montre bien que le NYSE se veut être un leader dans son domaine, et devancer les autres bourses mondiales apparaît comme essentiel pour conserver son avantageuse position.

De surcroît, Wall Street ne s’est pas construite toute seule. Ce qui fait aussi son prestige est sa capacité d’adaptation et sa force mentale qui lui ont permis de se relever même après le krach boursier de 1929 pourtant dévastateur pour l’économie américaine. De plus, il n’est pas rare de voir des envolées spectaculaires de ladite bourse. Ainsi le 13 octobre 2008, lors de la crise des subprimes, le Dow Jones avait augmenté de 11.08%, porté par la promesse d’un plan de relance du gouvernement américain. Il apparaît alors évident que l’économie et la politique sont intrinsèquement liées et bien qu’aujourd’hui le libéralisme et son « laissez-faire, laissez-passer » aient conquis le monde ; les politiques gouvernementales doivent parfois intervenir pour sauver l’économie comme en 2008 ou après la Seconde Guerre mondiale grâce à la politique des grands travaux de Roosevelt.

L’impact de Wall Street sur nos économies contemporaines

Devant tant de renommée, Wall Street s’est imposée comme la vitrine de l’économie marchande et capitaliste et doit désormais soigner son image, mais pas seulement. La régulière parution du Wall Street Journal permet au quartier des affaires d’être plus accessible et moins mystérieux (ou de faire croire à sa transparence) aux yeux de ceux s’intéressant à la finance. L’écriture de ce journal témoigne de l’importance accordée à la place boursière qui tient les autres bourses d’une main de fer.

En effet, depuis sa naissance en 1988, le CAC 40 regarde constamment vers New York pour constater par lui-même les actions de son concurrent. Ainsi, le CAC 40 est corrélé à 86%, en moyenne, aux puissants marchés américains. Ce regard toujours tourné vers Wall Street donne donc sa marge d’action au CAC 40 qui oriente 58% de ses actions quotidiennes en fonction la direction des bourses américaines de la veille.

Ainsi, il est possible de se questionner sur l’existence de la bourse parisienne en dehors de celle américaine. En effet, si le CAC 40 suit constamment, ou presque, les avis de la place financière américaine, il y a fort à parier que si elle venait à chuter, l’économie française se retrouverait impactée, tout comme celle du monde entier. De cette façon, l’impulsion de l’économie mondiale viendrait entièrement des Etats-Unis, n’octroyant qu’une très faible marge de manœuvre aux autres places boursières.

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Dès lors, il est possible de se demander pourquoi Wall Street a une telle importance sur les marchés financiers mondiaux.

En premier lieu, c’est de Wall Street que l’impulsion pour développer les échanges internationaux a été donnée, ce qui lui confère une puissance et une importance d’ordre historique en tant que plus vieil indice boursier du monde (créé en 1884). Par ailleurs, s’il s’échange jusqu’à dix fois plus d’argent outre-Atlantique qu’en France, c’est parce que l’économie américaine repose sur la finance. Ainsi, aux Etats-Unis, le système des retraites est géré par des fonds qui collectent les économies des Américains et les placent en Bourse, conférant une place plus qu’essentielle au NYSE qui côte en bourse l’épargne des Américains, alimentant la machine capitalistique.

Le pouvoir d’influence de Wall Street sur l’économie mondiale

Wall Street est, et a toujours été, perçue comme un lieu de pouvoir à l’échelle américaine et du monde. Elle s’est imposée en tant que pôle organisateur de l’espace mondial rayonnant grâce à la concentration de différents facteurs tant économiques, politiques, transactionnels que découlant des activités du tertiaire supérieur.

Tout d’abord, grâce à ses fonctions économiques supérieures, la place boursière américaine apparaît comme disposant d’une fonction décisionnelle sur les autres bourses.

Ainsi, le NYSE accueille les trois-quarts des sièges sociaux des firmes multinationales américaines comptant parmi les plus puissantes de la planète. Grâce à sa prédominance sur l’économie, Wall Street est aussi présente dans la forte activité des secteurs tertiaires supérieurs et quartenaires. En effet, d’importants cabinets d’affaires et des agences de notations financières, entre autres, présents à New York dépendent de l’activité de la bourse new-yorkaise. De surcroît par l’activité de la bourse, Manhattan a pu se développer et on peut croire à une technopole : la « Silicon Alley » qui pourrait dans le futur concurrencer très sérieusement la technopole californienne.

A côté de ces fonctions, on trouve celle politique. Comme évoqué, Wall Street est influencée par les décisions gouvernementales mais elle l’influence aussi au travers des investissements faits ou non à la bourse qui laissent transparaitre l’accord ou non aux politiques américaines.

En dernier lieu, la place boursière compose avec un commerce dynamique représenté par le port de New York qui est le 29ème port mondial ou encore par un téléport et les trois aéroports internationaux reliant la ville et donc aussi la place financière au monde, lui permettant de mieux exporter ses décisions à l’étranger. Wall Street a donc plus de facilités à contraindre les bourses étrangères du fait de sa bonne communication à celles-ci.

Par conséquent, comme Wall Street est en première place dans de nombreux domaines elle est source d’influence. Outre sa prépondérance en matière architecturale ou culturelle, la bourse s’impose par sa place dans la finance. Ainsi ses avis sont écoutés et souvent suivis car les bourses mondiales savent que s’ils la froissent il leur sera difficile de continuer les échanges avec, Wall Street bien sûr, mais aussi avec le monde car il faut souvent passer par la bourse américaine pour effectuer des transactions.

L’impact du Brexit sur Wall Street

Avant le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, Londres était la première place boursière européenne, depuis c’est Amsterdam qui s’est imposée sur le devant de la scène. The City a vu sa part de marché sur les échanges de dérivés de taux en euros fondre de 40% à 10% en janvier. Toutefois, cet effondrement a profité à Wall Street qui affiche un niveau record après la signature de l’accord sur le Brexit du 24 décembre 2020 et la promesse d’un plan de relance américain estimé à plus de 900 milliards de dollars, favorisant la reprise de l’activité économique et dissipant les doutes liés au Brexit et à l’incertitude provoquée par la crise sanitaire actuelle.

Bien que le Brexit ait entraîné une chute des bourses mondiales et des investissements, l’indice Dow Jones Industrial Average est monté de 0,91% à 26.355,47 points. Néanmoins, le 5 février 2019, la bourse de New York a vu son taux baisser au vu des tensions commerciales sino-américaines et des négociations très lentes pour trouver un accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Dès l’annonce d’un accord concernant le Brexit, les bourses mondiales, qui s’étaient toutes effondrées au lendemain du référendum du 2016, sont montées en flèche, rassurées de la tournure que prenait les évènements. Ainsi, les grandes banques américaines ont réagi de manière positive à la hausse des rendements des obligations à long-terme ; de cette façon JPMorgan a gagné 1,2%, Bank of America 1,6% et Citigroup 1,4%. Soulignons toutefois que Slack avait chuté de 15% en 2019 à la clôture de la bourse mais a fini par remonter de manière conséquente dès 2020. Aujourd’hui, Slack engrange plus de 42.000 dollars en moyenne chaque jour.

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Aussi, le Brexit n’a eu que peu d’impact sur Wall Street et les légères difficultés que la bourse a pu connaître ont tout de suite été effacées par l’accord sur le Brexit et le plan de relance américain. Par conséquent, le seul vrai perdant visible paraît être Londres qui se retrouve isolée dans ses échanges par son départ de l’Union européenne qui lui accordait visibilité et crédibilité. The City est alors perçue comme désavantagée pour les années à venir, d’autant plus qu’une baisse de son PIB est envisagée jusqu’en 2030.

L’un dans l’autre, la mondialisation a été un élément déclencheur pour Wall Street, l’incitant à développer une influence mécanique sur les autres bourses mondiales, ce qui lui a permis d’imposer ses décisions au monde. Ce n’est pas un euphémisme de dire que le monde tourne désormais à l’heure américaine, tant du point de vue économique, politique que culturel.

Clémence VENITIEN

Quand le monde tourne à l’heure américaine

L’engouement mondial pour l’élection américaine

Le 3 novembre dernier, à la suite d’une année de campagne électorale riche en émotions, les élections présidentielles se sont déroulées sur le sol américain. La lutte entre Joe Biden et Donald Trump pour la présidence de la première puissance mondiale a fait couler beaucoup d’encre et bien que la victoire de Joe Biden ait été entérinée, le président sortant ne reconnait toujours pas sa propre défaite et cherche encore à protester en essayant de mettre en évidence des fraudes supposées.

Soulignons l’importance donnée à cette élection étrangère, qui suscite plus d’intérêt que pour certaines élections françaises. Cet engouement pour la politique américaine soulève des questions concernant le vecteur de cette ardeur de la part du monde entier car les français ne sont pas les seuls à s’être intéressés à ce volet de la vie politique américaine.

En effet, le monde entier s’est mis au diapason de l’heure étasunienne pour commenter l’avancée de chacun des candidats. Il est ainsi possible de souligner différents points conduisant à cet intérêt tels que le changement de politique de la première puissance mondiale indu par le candidat qui pourvoira le poste de président ou par des éléments plus subjectifs comme la crise sanitaire qui peut être à l’origine d’une volonté d’ouvrir son esprit à d’autres horizons.


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La scène internationale attend un changement radical de programme

Trump a souvent été qualifié de raciste et accusé, au contraire de son adversaire, de ne pas prendre les revendications des minorités en compte. Ainsi, bien que le mouvement Black Lives Matter (BLM) soit né en 2013, c’est sa résurgence à l’été 2020 qui a entrainé les foudres sur le gouvernement Trump. Le président a beau se définir comme la « personne la moins raciste du monde », il n’empêche que certains lui reprochent d’attiser la haine raciale. Et, depuis cet été, ces critiques à l’égard de D. Trump n’ont cessé d’augmenter. De ce fait, une partie de son électorat de 2016 se détache progressivement de son bord pour aller soutenir les démocrates, qu’ils espèrent prendront les considérations des minorités en compte. Il faut toutefois souligner que plus d’un tiers du vote latino est allé pour le Républicain.

Le programme du président sortant s’oppose, d’un point de vue social, radicalement à celui de J. Biden. En effet, Trump n’a pas souhaité prolonger l’Obama Care ; mais d’après son site de campagne il a réussi au cours de son mandat à faire chuter pour la première fois depuis 50 ans le prix des médicaments. De plus, la non prise en compte des problématiques mises en avant par les minorités telles que la discrimination à l’emploi, contrairement à son adversaire, lui a fait perdre une partie de son électorat et c’est en partie par cette légère perte que Biden a gagné le vote populaire.

En effet, l’ex-vice-président de B. Obama promet de rétablir l’Obama Care, quasiment vidée de toute protection par Trump. Il souhaite protéger les américains bien qu’il leur laissera le choix de souscrire ou non à cette nouvelle forme de protection sociale qu’il ne veut pas universelle. De plus, Joe Biden rafle 90% du vote des Afro-Américains grâce à sa volonté d’aider cette minorité. Il souhaite encourager le développement d’entreprises conduites par les Afro-Américains pour leur offrir un accès privilégié au capital et aux investissements. Ainsi, au contraire de son adversaire qui a qualifié le mouvement BLM comme un « symbole de haine », Biden soutient cette communauté et ne cherche pas à minimiser la violence policière et sociétale à l’égard des Afro-Américains. C’est au vu de tous ces éléments qu’une majorité de l’électorat américain a basculé dans le camp démocrate.

Aujourd’hui, les particuliers non avertis se concentrent plus sur les enjeux sociaux qu’économiques. C’est pourquoi Biden se montre très investi sur cet aspect. La plupart considèrent Trump comme le personnage dépeint dans beaucoup de médias anti-Trump, c’est-à-dire misogyne, raciste, xénophobe… Ainsi, le monde se passionne pour cette lutte entre deux personnalités et deux programmes si différents qui permettra au vainqueur d’assoir sa position sur la scène internationale. Les grands leaders mondiaux suivent ainsi la présidentielle américaine avec beaucoup d’appréhension selon leur parti pris et les particuliers essaient de se forger un esprit critique bien que ce dernier soit entretenu dans un seul sens par les innombrables informations qui nous parviennent.

La politique économique du futur président est scrupuleusement suivie

Les leaders internationaux sont obligés de s’intéresser de très près à la politique économique des Etats-Unis qui détiennent les principaux organes économiques tels que le Fond Monétaire International (FMI) ou Wall Street qui est la plus importante place boursière au monde. Au cours de son mandat D. Trump a réalisé un prodigieux regain de l’activité économique en arrivant à une baisse du taux de chômage sans précédent depuis 50 ans et il est aussi à l’origine d’un allègement fiscal de 82% pour beaucoup de familles modestes. Le président sortant a fait bondir le Produit Intérieur Brut (PIB) de 3%, ce qui fait des Etats-Unis une économie forte qui se renouvelle. Ce sont en fait les effets du fort protectionnisme mis en place ces dernières années. La place de ce pays dans les accords internationaux et son poids économique lui confèrent une prépondérance sur le Proche et le Moyen-Orient, l’Amérique du Sud, et sur l’Europe même si elle a du mal à le reconnaître. L’hégémonie américaine, au-delà de son rôle de « gendarme du monde », est aussi économique à partir du XXème siècle, où l’économie-monde passe d’un centre anglais à un centre américain. Le monde suit la volonté américaine et se voit imposer ses décisions face à ce géant économique. Encore aujourd’hui, quand les Etats-Unis se sont retirés de l’accord de Paris sur le climat, aucune sanction n’a pu être mise en place contre le géant économique. Pourtant les Etats-Unis sont un des pays les plus pollueurs et leur retrait de cet accord a été désastreux pour le climat. C’est bien pour cette raison que Biden, qui a une conscience écologique plus marquée que Trump, a inscrit dans son programme sa volonté de reratifier l’accord de Paris. En effet, d’après le chercheur néerlandais Niklas Höhne « le plan climatique de Biden pourrait permettre à lui seul de réduire la hausse des températures de l’ordre de 0,1°C ». Dans la lutte contre le climat, chaque augmentation de dixième de degré évitée est vitale. Malheureusement, les autres nations ont tendance à suivre les « grands ». Ainsi de nombreux défenseurs de l’environnement estiment que le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris a favorisé la baisse du degré d’engagement de l’Arabie Saoudite, du Brésil, de l’Australie, etc.

La puissance américaine suit sa propre loi et les autres pays se cachent derrière ses actions pour faire de même sans être importunés. Cette situation montre donc la place essentielle des Etats-Unis et c’est pourquoi le futur président et son futur mode de gouvernement sont épiés pour que la politique des autres pays puisse être anticipée. Si Joe Biden est élu, il modifiera certainement les accords mondiaux, conduisant à un changement plus global de la politique internationale. Néanmoins, que soit élu D. Trump ou J. Biden, les deux hommes politiques sont prêts à maintenir une certaine défiance vis-à-vis de la Chine, c’est bien là un des rares points sur lequel les Démocrates et les Républicains s’entendent.


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Un héritage historique rend l’Europe dépendante de l’issue de cette présidence

Depuis la fin des deux guerres mondiales, le monde et notamment l’Europe sont dominés par les Etats-Unis. Cette hégémonie a pu se développer à la suite de l’aide américaine procurée au Vieux Continent à l’issue des conflits mondiaux ravageurs. Bien que l’Europe et les Etats-Unis se soient en réalité construits en miroir, le président Wilson voulait assoir la puissance américaine en donnant vie au « siècle américain ». Si on examine plus en détail la capitale aide américaine à la France on se rend vite compte qu’elle a été faite dans un double intérêt. En effet, les Etats-Unis voulaient s’assurer le maintien d’une France forte et puissante pour ensuite commercer avec, d’où le plan Marshall, mais ils avaient aussi l’intention de se revendiquer comme leader planétaire en faisant comprendre à la France que sa survie ne dépendait que du Nouveau Continent. Clemenceau avait bien résumé cette pensée en se confrontant très tôt à la réalité « le président des Etats-Unis avait traité tout seul en s’assurant, oh ironie ! les batailles qu’il n’avait pas gagnées ». Après la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis se concertent avec la France pour l’empêcher d’aller occuper le territoire allemand, ce qui a longtemps animé l’incompréhension du peuple germanique qui n’arrivait pas à reconnaitre sa défaite.

Plus tard, dans l’entre-deux-guerres, la première puissance mondiale finance l’Allemagne, jusqu’en 1939, pour qu’elle puisse se reconstruire. De même, de nombreuses dettes européennes ont été épanchées grâce à l’aide américaine. Toutefois, l’Europe a du mal à le reconnaitre, par fierté certainement puisque l’actuelle Union Européenne se veut forte économiquement et politiquement et ne veut pas reconnaitre sa dépendance, peu lointaine, à un si puissant concurrent. En y regardant de plus près, on se rend compte que les Etats-Unis imposent leur vision du monde au reste de l’Occident. En effet, où est la première place boursière mondiale ? A New York. Où se sont installés les sièges de puissants organismes internationaux ? A New York. De plus, le monde est gouverné par les Etats-Unis au travers de l’OTAN qui est la première organisation de défense mondiale ou encore le FMI qui gère l’économie mondiale. Ces puissantes institutions imposent leurs décisions au reste de la planète qui n’a pas d’autre choix que de coopérer pour s’insérer dans la politique et l’économie mondiale ; pour exister il faut se soumettre.

Outre cet aspect, en remontant à la guerre froide, on s’aperçoit que le conflit qui opposait en premier l’URSS et les Etats-Unis a touché plus que de nécessaire le reste du monde. Tout simplement parce que ces deux puissances voulaient toutes deux détenir le monopole de la puissance mondiale. Ce conflit a bouleversé la scène internationale et a également fini par imposer une vision bipolaire au monde : l’Allemagne se retrouve séparée en deux comme le reste de l’Europe qui doit choisir son « camp » en fonction de ses intérêts politiques et économiques. L’Europe est en réalité une gigantesque marionnette au profit des Etats-Unis. En effet, l’hégémonie américaine est entretenue par Kohl pour s’assurer que l’Allemagne ne sera pas réunifiée. Bien que la réconciliation entre la RFA et la RDA sera effective en 1990, cet élément permet de comprendre que la politique américaine mise en place après la Seconde Guerre n’a pas pour vocation première d’aider l’Europe mais de préserver les intérêts américains comme le démontrent les motivations de la présence du plan Marshall en Europe.


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Enfin, les Etats-Unis utilisent l’alliance franco-allemande, perçue par certains comme un mythe qui sert l’intérêt américain. Cette alliance très puissante qui gouverne le reste de l’Union Européenne et se range du côté de l’idéologie américaine permet aux Etats-Unis d’avoir un puissant relai de leurs intérêts directement sur le sol européen.

Si nous suivons avec tant d’attention les présidentielles américaines c’est, qu’inconsciemment ou non, nous savons que la politique qui sera appliquée aux Etats-Unis aura d’une façon ou d’une autre des répercussions sur l’Europe et sur le reste du monde. Influencé comme l’est le monde par la politique américaine, connaître le président à sa tête et ses idées permet d’anticiper les prochains bouleversements internationaux qui auront lieu. Peut-être que si les Etats-Unis reviennent dans l’Accord de Paris, l’Australie ou le Brésil reviendront sur leurs décisions et se soumettront à de plus fortes restrictions environnementales.

La Covid-19 : lassés les particuliers s’en remettent à la politique étrangère

L’apparition du coronavirus à la toute fin de l’année 2019 fut un grand choc lors des premières annonces officielles et est toujours une importante source de débats de la part des gouvernements du monde entier. Dès lors, on peut noter que depuis le début de la crise sanitaire les médias se sont emparés de cette crise historique pour ne plus jamais la délaisser. Notamment pendant le confinement de mars, les bulletins d’informations des grandes chaînes ne parlaient presque, si ce n’est exclusivement, de la Covid-19.

L’élection présidentielle américaine 2020 a généré plus de tweet que pour la dernière en date (Trump v. Clinton). Ainsi, L’Express en évalue « 570 millions : c’est le nombre de tweets générés par l’élection présidentielle en un an de campagne. Près de 10 millions ont été recensés uniquement sur les dernières 24 heures, un volume six fois plus élevé que lors de la précédente élection en 2016, selon des données compilées par Visibrain. Du côté de la France, ce sont près de 1,7 million de tweets publiés sur un an de campagne, soit deux fois plus qu’en 2016 ». Ces données peuvent être reliées à l’intérêt porté aux élections américaines 2020 mais découlant de la crise sanitaire. En effet, la moitié de l’humanité a connu au moins une fois le confinement ce qui lui aurait supposément laissé plus de temps pour élargir ses centres d’intérêts et ainsi, pour oublier les tracas du quotidien, aurait pris part aux débats politiques par manque d’activité.

A ceci, il est possible de rajouter l’intérêt qui a été porté au second mandat de Donald Trump. En effet, comme évoqué, la scène internationale a les yeux rivés sur les Etats-Unis et donc son gouvernement. Le prochain leader du Nouveau Continent et ses idées doivent être connus pour que les puissances intéressées puissent s’organiser dans l’optique de collaborer avec lui. De plus, les divergences de programmes sont si fortes entre les deux candidats que la victoire de l’un sur l’autre sera d’autant plus grande. Cette lutte sans merci peut ainsi fasciner les particuliers ; en effet, les français interrogés se sont mis d’accord pour souligner l’ennui qui s’installe durant les périodes de confinement et déclarent que toute activité extérieure est la bienvenue. Par conséquent, la politique étrangère américaine a pu connaître un élan grâce aux particuliers lassés de la crise sanitaire.

            L’un dans l’autre, l’engouement pour les élections présidentielles outre-Atlantique a été alimenté par un contexte historique fort rassemblant le Nouveau et le Vieux Continent. Ainsi, par leurs relations passées, les deux puissances suivent chacune l’actualité pour une meilleure connaissance de l’autre. De plus, la crise sanitaire de la Covid-19 a suscité un intérêt sans précédent pour la politique étrangère émanant des particuliers.

Clémence VENITIEN